L'été de Mot de Passe

votre soirée littéraire

Mot de passe

WHO ?

knows

QUAND ?

maintenant de façon évènementielle

ouvert à 20h et on commence une heure plus tard.

La contribution est volontaire.

(Mais n'oubliez pas: NOUS VOULONS VOTRE BIEN!!!)

Dieu, l'Humain et le Malin, sans ardeur ingrate,

Triumvirat et compagnie, de chaque strate,

Muse on veut faire sans mais le reste on y rate,

Nous t'invitons, viens donc ! Poésie scélérate.

le triumvirat
organisateur des soirées Mot de Passe

rodney noël raphaël de gaspard carl bessette

dimanche 24 février 2008

« Give peace a chance » dixit un policier





« Give peace a chance » dixit un policier sortant de l'Archie... ironie quand tu nous tiens...

Hier soir, 23 février, eut lieu une soirée Mot de Passe historique, qu’elle soit la dernière ou la première d’une ère nouvelle, le destin l’a particularisée. En effet, pour vous confirmer les rumeurs qui circulent déjà allègrement, le local de l’Archie eut bel et bien droit à la visite d’une armée de matraques venant y exécuter quelques devoirs incompris.

Rappel des faits :

Vendredi, 22 février de la deuxième année d’existence de l’Archie.

À nouveau, la démonstration fut faite que les ordres exécutés rendent les voies de la loi impénétrables, combien plus que celles de Dieu.

Vers 22h donc, une dizaine de voitures de police se sont garées devant le local.

Y’en avait de la track de chemin de fer jusqu’à Van Horne. Une vingtaine de policiers, une dizaine d’inspecteurs (et de jolies -trices) de l’escouade de la moralité publique (ça ne s’invente pas !) et quatre agents undercover (eh oui ! comme dans les films !). Un moment, il y eut plus de force de l’ordre que de force du nous.

Une mésentente et certains points de litiges qui seront réglés d’ici mercredi prochain ont provoqué cette descente des descentes. Revenez donc au cours des prochains jours connaître les plus récents développements quant à ce monde dans le monde où vous étiez chez vous.


Tout ceci dit, l’Archie, quoi qu’il lui arrive, vivra certainement à jamais, dans son souvenir implacable, et le Triumvirat y organisant les soirées poésies, nous nous sommes sentis naturellement porte-étendards et hérauts d’une trace qui se pouvait laisser. C’est dans ce sens que nous lançons ici même un appel de textes pour un numéro hors-série du TakeOut poésie, spécial Archie.

C’est-à-dire que nous y réunirons tous les textes inspirés par l’Archie-même, que nous avons déjà en main au nombre de la dizaine, et que nous espérons encore grossis.

Envoyez donc vos textes à editionsarchipelliers@gmail.com,

Avec pour sujet : Takeout Archie.

Merci déjà, et pour laisser une bonne idée, voici quelques textes de ceux susmentionnés.




SANS TITRE

ELISE TONGSANG

Alors c’est un soir incertain, tu prends cette rue obscure qui finit en cul-de-sac, sur une voie ferrée – Il y a là un bâtiment industriel, tu entres, c’est au sous-sol que ça se passe, tu sais pas trop mais tu descends, tu sais pas où

et là tu entres dans l’antre des concupiscences

Il y a là un grand comptoir, sur lequel déjà tu poses ton coude comme d’autres qui n’ont pas l’air si louches, même qu’ils te ressemblent, échoués là, naufrageurs du destin, du désir plein les mains, du sourire plein la bouche

Alors tu poses ton trop-plein dans ton grand vide

Il y a là une scène et les mots défilent en guitares, en trompettes, en triangles. T’y verras des filles en guenilles, des tours de magie, des enfants petits et grands qui s’y déploient dans un instant impérissable

Tu peux y boire, y manger, y fumer jusqu’au bout des mots que tu inscris dans les toilettes sur le mur du monde où tu deviens ton propre commencement

Alors tu t’enivres d’absolu

Et tu poétise ta folie

Tu parcours les chemins de l’être et tu transcendes la simplicité de t’offrir, et Allez maintenant tu danses et tu lèves ton verre au doux baiser de la liberté que t’offre ta singularité

Tu sais la fragilité

Tu sais la fragilité

Tu sais ta fragilité

Prends la beauté et baises-là avec tendresse et bestialité

Tu es au local de l’Archie.




SANS TITRE

ARTÉMIDE

J’ai écrit hier soir pour ce soir

Pour vous dire que ce soir n’est pas n’importe lequel

Ce soir où les mots passent

Au Take out, à l’emportée

N’importe lesquels du moment qu’on y croit

J’ai écrit hier soir à la suite de tous les autres

Avec l’espoir pour maîtresse et des cauchemars d’allégresse

J’ai écrit hier soir en nous sentant déjà là

Au fond de ce terrier public

À l’heure d’un monde privé de place

Où c’est à présent sous la terre qu’il fait clair

Sous la terre que nous parvenons à senti le ciel

J’ai écrit hier soir de ma main pour le crier ce soir

Où nous serons peut-être trois ou quatre ou cent mémoires

L’air de rien, rempli d’air à souffler sur le fleuve

Pour qu’il retourne là d’où il vient

Et qu’avec lui la mer recouvre le futur du nouveau monde

Et ne laisse flotter que ce qui est venu au nom de ce qui vient

Pour enfin partager l’avenir du monde nouveau

J’ai écrit hier soir

Sans autre histoire que celle qui me lie à hier et à demain

Pour vous dire que ce soir : nous sommes bienvenus chez nous !




À MONSIEUR MONSIEUR LE MAIRE

SÉBASTIEN BOULANGER-GAGNON

23 février 2008


À qui de droit,


Le SPVM Monsieur Tremblay, OK je m’explique, je vais commencer par la fin puisqu’on nous l’a imposée au début. D’un coup de vent dans la porte d’entrée vitrée, d’un arrière goût, coup dans le dos, une gorgée avalée de travers comme un manque de tact entre deux respirations, une effluve d’alcool illégal aux narines bien à l’affût de ce qui ne ferait pas leur affaire, leur bizness Monsieur. Alors voilà : ces flics nous ont fait chier, je l’ai dit maintenant je m’explique. On nous a rentré de force au souper 15 agents de police dont 4 agent trouble… 15 pions par décision qui n’est pas la leur, et 4 espions, 19 et plus plus tard dont une majorité que vous qualifieriez de bornés sur une chaussée trop petite pour ce pourcentage précis de policiers bons qu’à faire la circulation. A-t-on besoin de brigadiers Monsieur le maire? Nous naviguons à travers vos bornes Monsieur. Nous ne nous pilons pas sur les pieds ici, nous nous arrêtons nous-mêmes mais juste quand c’est assez et que nous n’avons plus soif. C’est suffisant Monsieur le Maire, au fait, tassez vous un peu, j’aimerais parler pour qu’ils m’entendent aux gens qui sont au-dessus de vous - vous écrase-t-on Monsieur le Maire, Monsieur de l’arrondissement ??? non, pas nous, je sais, pas nous… le «on» dans ma phrase exclue la personne qui parle, dans le langage de l’argentourage.
Monsieur, en anglais : dear Mister the Mayor we exclude the person who’s speaking words - oh you don’t want that I’m sure. Juste assez fort pour qu’ils m’entendent par-dessus votre épaule Monsieur le maire… Monsieur le maire ce n’est pas moi qui parle, non, pas juste moi, c’est nous qui signerons en bas… nous n’aurions même pas besoin Monsieur le Ministre, Monsieur le Président, Monsieur le Décideur, Monsieur le juge, avocat de l’offense, article 8.4.2.B voilà car nous avons déjà parlé, grandi, gradué, évolué, partagé, communié, vécu, repartit avec nos mots à deux sens, l’autre et le nôtre.


Alors Monsieur le Gars-égale-à-nous, nous avons engendré action participative pas trop pensive ni monosyllabique - mais juste assez archie-tecte du futur à créer, à repenser - vous entendez ce discours plusieurs fois en même temps si vous parlez plusieurs langues, j’en suis certain, au moins en autant de langues qui ont résonnées ici. Saurez vous nous guider sans que nous ayons le luxe d’acheter un avocat assez fou pour défendre ce que vos hommes en bleu appellent le marché des légumes lorsqu’ils sortent fier de leur descente et remonte les marches en riant des hippies et en chantant Give Peace a Chance par moquerie?


Auriez-vous la bienséance de fermer les yeux sur une possible bévue? Et, sans retravailler la justice prudente, reconsidérer un lieu commun où nous aurions voulu vous inviter si ce n’aurait été du fait que, trop populaire, ont puisse voir les flics banalisés payer pour une bière pour ensuite nous prendre la main dans le sac?


Clairement Messieurs influençants 1001 décideurs alors que trop d’entre eux ne ferment les yeux sur ce genre de chose que lorsqu’ils se trouvent dans une cave à pot-de-vin sans que les secrets ne percent la pierre… Alors que nous faisons nos rapports d’impôts, que nous subsistons sans aucune subvention, que je et - c’est la même chose - nous, ne demandons rien, que je sais le coût de quatre murs et d’un plafond, que c’est tout ce que nous voulons, Monsieur le Monsieur, car le sol que nous foulons tous, lui, existe déjà pour nous tous, vous inclus, Monsieur. Nous le foulons tous.


Trop de places ne sont pas la nôtre, nous qui revendiquons un autre possible. Avons vu, voté, participé, engagé, à des spectacles qui deviennent un spectacle pour des yeux vides avides éclaboussés entre le quotidien, amusés.


Avons créé ici par notre présence, notre vivacité, notre envie, notre goût de parler pour ne pas rien dire et avons trouvé ce que nous créons, tous pendant une soirée mile-endienne d’un je me souviendrai d’un je me souviens sur un bout de bois qui n’était avant nous qu’un arbre sur une terre même pas défrichée.


Un permis d’alcool Monsieur? Si c’est ça se sera ensuite un permis de spectacles, un permis de piste de danse, un permis de parler, un permis d’écouter, un permis pour entrer un permis pour les toilettes, un permis pour les gicleurs, un permis pour la bouffe, un permis de réunion, un permis de vivre. Un permis de quitter? NON NOUS N’EN VOULONS PAS DE VOS PERMIS. Nous ne sommes pas un concurrent à vos bars de la métropole. Ces bars où la musique y est si forte que nous devons faire semblant de comprendre ce que nous nous disons pour ne pas nous répéter sans cesse. Ici plusieurs personnes parlent à plusieurs personnes et un à la fois. Et ce qui est créé, lu, essayé, lancé en l’air sert bien à quelque chose, le soir de son dévoilement comme plus tard.


Ce lieu autonome, si un jour, est forcé d’être quitté sur la base d’exponentielles lois sera tellement vide après ce qui s’y est passé qu’il se repliera un peu sur lui-même. Nous ne voulons pas ça, Monsieur. Car ce lieu n’est pas qu’un lieu physique mais un lieu de la pensée, du partage, de la poésie et parfois même de bévues qui sont et devraient être tolérables. Comme nous tolérons des textes médiocres ou mâchouillés. Comme nous laissons la chance de fouler la scène libre d’un micro ouvert, Monsieur.


Alors nous aimerions, Archipelliers, fondateurs et voyageurs de l’Archie, signataires de cette lettre s’y retrouvant dans le je, vous demander ;


1. de reconsidérer la fermeture possible de ce lieu ;

2. de nous fournir un lieu de remplacement le couperet tombe ;


Et nous aimerions aussi vous rappeler sans gêne …


...avant qu’ON exclue la personne qui parle, que NOUS inclue la personne qui écoute.


***


C’était là quelques textes choisis pour laisser entendre le ton,

Envoyez vos textes, inspirés. Naturellement.

editionsarchipelliers@gmail.com

l'appel de texte pour le TakeOut poésie spécial Archie est lancé.

jeudi 14 février 2008

VIDÉO - Mange ta ville

Voyez une entrevue filmée à l'Archie-même avec les poëtes Carl Bessette et Queen Ka, dans le cadre du spécial Mange ta ville sur les mots, à Artv.

cliquez simplement ci-dessous:
http://www.mangetaville.tv/Web-Tele/?mid=185

bon visionnement.

mardi 12 février 2008

derniers mois...

Ce retour sur les derniers mois s'impose ici. Aussi, afin de vous donner une impression de cet évènement poétique qui naturellement nous dépasse presque totalement, nous livrerons pêle-mêle les souvenirs qui nous viennent à l’esprit. Bien sûr il serait sûrement d’à propos de dire d’abord et avant tout merci à tous ceux qui ont participés aux dernières soirées Mot de Passe, puisqu’étant un microuvert suivant immédiatement la présentation traditionnelle de l’auteur du mois, ce sont toujours les gens dans la salle qui font eux-mêmes la soirée, et non pas nous seuls, si loin de là.

Les derniers mois ? tonnerre ! D’abord, notons particulièrement qu'outre la présentation du début, qui par ailleurs se raffine et dont on se délecte de plus en plus, plusieurs nous ont en plus fait découvrir des auteurs plus ou moins connus dont ils appréciaient particulièrement tel ou tel passage qu’ils ont lu et partagé. Ce geste est toujours riche et sera toujours estimé. Notons au sein du nombre effarant de découvertes Jacques Breault par Jonas, merci ! Aussi Geneviève Desrosiers, digne de mention. Puis les poëtes classiques rapés avec beat et scratch ! Mais surtout les poëmes de L’avenir furent une révélation qui toucha et suscita cris et émerveillements, merci encore ! Notons ensuite notre premier poëme de silence en seize soirées. Nous n’avons réalisé qu’au moment de l’entendre (ou de ne pas l’entendre) que c’était la première fois en seize soirées où nous avions droit à un poëme de silence, surpris que nous fûmes d’être une fois de plus surpris ! Encore, toujours pêle-mêle, il y eut ce poëme à six dont vous pouvez voir les photos. Les six qui lisaient, chacun sa feuille, se sont dispersés dans la salle et ont marché, ont erré, en lisant à voix haute dans une cacophonie qui tenait de la prière créole, pour ensuite se réunir à nouveau sur scène et terminer tous ensemble le poëme. Il y eut aussi ce monsieur, vieux de 84 ans, qui vivait dans une maison de vieux et qui s’était fait encourager par son fils à venir lire ses textes à notre soirée. Cet homme toucha profondément et directement tout un chacun en lisant ses poëmes sur le thème du souvenir, sur ce que c’est que de vivre avec des souvenirs. Nous nous en souviendrons longtemps, et de lui, et de son sens, et du silence précieux qui s’est à ce moment répandu dans l’assistance. Puis dans la lignée de notre encouragement à la présence de poésie autre que française, nous sommes toujours choyés, et nous voulons ici rappeler cette poétesse qui récita en portugais, sur la guitare classique de Joey, traduit simultanément en français par une autre poëte, et l’enchaînement immédiat de textes en arabe libanais, chapeau, chapeau, chapeau. Rappelons encore cette poëte polonaise, et encore ce conte en espagnol, gestes à l’appui, qui en fit rigoler plus d’un. Comment oublier aussi Yvon Jean accompagné de son ami à la guitare électrique, d’abord sans et ensuite avec distorsion : fucking Led Zeppelin ! ! ! pour de la poésie ! D’ailleurs, parlant de ce notoire Yvon Jean, il nous offre toujours de splendides performances avec musiciens, toujours grave et électrisant, il est jubilatoire et surtout dépourvu de cette superficialité morbide dans laquelle nous en avons vu plusieurs autres sombrer. Et voir cette bohémienne taper sur son clavier au son des vers d’Yvon au point que le clavier en tombe de son pied ! intense.. quoi d’autre ! Aussi Brigitte Caron, fidèle à elle-même, nous la remercions pour ses performances si appréciées du public, à tout coup, simplement à tout coup. Autres évènements qui nous ont décontenancés, ce jeune homme, qui va devant, commence son poëme et soudain en cours de celui-ci, déballe une énigme, en ajoutant qu’il enlèvera un morceau de vêtement à chaque mauvaise réponse du public. Toutefois personne ne trouve la réponse et donc, il se déshabille complètement ! Et termine son poëme qui justifie parfaitement son nudisme ! Ceci s’est passé en novembre. Nous qui pensions en décembre avoir eu notre dose de tout-nu, voilà que dans la première demi-heure de la soirée, un type se lève de sa chaise alors que le micro est tout juste libre et dit : « bon, je vais allé lire », et bang ! d’un coup tout sec, il se déshabille, nu comme un ver et monte sur scène pour lire. Deux mois d’affilés avec des nus, nous eûmes peur en janvier de voir le phénomène se reproduire, de voir une tradition s’enclencher chez Mot de Passe, mais heureusement (ou malheureusement, c’est selon….) il n’en fut rien et lors de la dernière soirée, tout le monde conserva ses vêtements ! Nous parlions plus haut de la musique sur les textes, nous voudrions ajouter que les jams sont d’une perfection maintenant inégalée. À chaque soirée c’est la surprise d’excellence, la coche de plus, que ce soit notre très honorable D.J. Habitant avec trompette et piano offrant une performance de calibre aréna ! ou encore des gens assis dans la salle avec des instruments qui s’improvisent accompagnateurs tout en restant bien assis à leur place, vraiment, la musique et la poésie se sont rarement aussi bien propulsées l’une l’autre. Notons d’ailleurs côté jam ce fameux et ad vitam aeternamement mémorable texte de Jean-Sébastien « I publish in minds » Larouche, avec piano, trompette et caisse claire on ne peut plus parfaitement accordés, jazzy, improvisés et pourtant réglés au quart de tour sur le texte. Croyez m’en, depuis toutes ces soirées que nous organisons, cette performance de la dernière soirée entrait facilement dans le top 3 des évènements les plus miraculeux qu’il nous fut donné d’assister. Extrêmement rarement a-t-on vu autant de gens être collectivement transportés par de la poésie, non pas une ou deux personnes qui s’excitent, mais des dizaines de personnes qui crient à chaque trois mots ! dans un délire d’emportement collectif, semi-conscients d’assister à une manifestation de la parole à nulle autre pareille. Vous savez, il fut un temps où les vers déchaînaient les foules, hydres fantasques d’enthousiasme passionné que l’on ressentait sans retenue, et ce soir-là, nous y eûmes droit, à en rendre jaloux les trente siècles passés ! Cette performance restera à jamais un moment d’éternité, et même le performeur lui-même semblait secoué d’avoir vécu un tel instant, même s’il ne l’avouerait probablement pas. (Nous nous permettons ici de noter que c’est de loin la meilleure performance de Larouche qu’il nous fut donné d’assister, et qu’il est rigolo de voir ce que l’Archie et l’ambiance de la soirée Mot de Passe ont d’influence sur ces poëtes que l’on voit relativement souvent autre part, mais, c’est une supposition, dans des cadres beaucoup trop strict. Un autre exemple fut monsieur Cholette qui nous a offert il y a quelque mois ce qui fut la meilleure performance que nous l’ayons vu faire, et c’est donc dire parmi beaucoup, enfin..) Ces derniers mois il y eu d’ailleurs des textes sur l’Archie-même comme lieu et se fut toujours des moments forts, merci particulièrement à Élise. Quoi d’autre ? Armand qui débarque à 1h45 du matin provoquant un retour au micro avec une énergie nouvelle des poëtes engagés. Les textes inédits toujours aussi présents et dont nous devons remercier les auteurs de nous faire ce qu’il faut appeler un honneur. La manie d’écrire sur place aussi et souvent de lire ensuite est toujours aussi présente. Ajoutons deux moments cocasses pour les intéressés de ce qui concerne le Triumvirat lui-même : la dernière soirée a vu Rodney Noël offrir, selon les présents, sa meilleure performance à date, à 4h30 du matin, devant deux spectateurs et accompagné de deux musiciennes ! et à noter aussi en décembre la performance de Carl Bessette (qui continue soirée après soirée d’offrir ses pistes inédites accompagné de son D.J. et de musiciens) avec l’utilisation mémorablement théâtrale d’un éclair et de nuages sur scène !

Enfin bref, nous arrêterons ici les souvenirs qui nous viennent pêle-mêle, ce sera déjà cela de dit, si vous n’y étiez pas venez plutôt voir par vous-même ! Avant de finir ce message laissez-nous rire. Au Shift de nuit, que nous apprécions, du Festival voix d’Amérique de cette année, deux membres du Triumvirat vont faire acte de présence et demande à l’organisateur s’ils peuvent lire un petit quelque chose, ce à quoi celui-ci répond : « S’il reste de la place oui, mais faite vite la liste est presque pleine », nous répondons surpris : « Ah oui, déjà, il y beaucoup de monde donc ! » « Non, dit-il, c’est que le micro-ouvert est limité à douze personnes » « Ah oui !!!! » répondons nous en un même élan certain, « oui oui, il faut comprendre qu’après, les gens n’écoutent plus, la soirée ne fonctionnerait pas, vous voyez, etc., etc. » Et après s’être fait répondre cela, nous n’avons pas insisté, mais avons eu une petite pensée pour vous tous qui avez assisté aux soirées Mot de Passe. En effet, il est rigolo de se souvenir en autre de la dernière soirée, alors qu’il était 18h30, qu’il n’y avait que le Triumvirat sur place, préparant tranquillement la soirée, et que se présente soudain deux gars, avec l’un d’eux particulièrement agité, qui après cinq minutes sur place, déchaîné, lâche qu’il n’en peut plus, monte sur scène textes en mains, et va lire au micro, enragé de lire alors qu’il n’y a personne dans la salle ! Que quatre personnes présentes ! Et ce type a lu, entamant le bal à 18h30 (!), bal qui ne s’est finalement terminé qu’à 4h30 du matin ! ! ! Et jamais, de 18h30 à 4h30 avec des gens qui lisent, l’attention du public ne fut méprisante pour la poésie. Étonnant, et pourtant, pas tant.

Concluons que nous avons eu à une certaine époque peur de ce que pourrait devenir la soirée Mot de Passe, c’est-à-dire dériver vers le cabaret ou le spectacle. Toutefois, après les dernières soirées, nous sommes plus que jamais rassurés et contents de voir que la poésie est toujours là malgré nos craintes, et qu’il est d’autant plus clair que l’esprit de la toute première soirée Mot de Passe n’a pas été altéré d’un iota, l’esprit que nous espérions est toujours là et s’est même cristallisé, plus aboutis que jamais.

Un membre-organisateur de l’Archie, qui a vécu les années cinquante, les bouleversements des années soixante, les engagements des années soixante-dix, etc. a eu ces bons mots : « L’Archie en œuvre c’est la soirée Mot de Passe. Il se passe quelque chose ici, il se passe quelque chose, on ne sait pas quoi, mais on sait qu’il se passe quelque chose, ça c’est certain certain, comme aux jours de veille de révolution. »

Surtout, en définitive, ce qui est pour nous l’idéal, c’est qu’après une soirée Mot de Passe, on en ressort avec l’envie, le goût d’écrire, l’appétit encore plus prononcé pour la création, et ça c’est la récompense parfaite, et la raison numéro un de notre hâte à la prochaine soirée. Voici voilà, à bientôt.

Projet-p dernier ps

ps: un dernier commentaire avant de cesser définitivement nos activités en lien avec ce projet-p, très critique, que nous avons voulu démarrer. Étonnement, nous nous retrouvons de plus en plus fréquemment dans des situations où l’on nous parle d’évènements organisés par le Triumvirat, sans que notre interlocuteur sache qu’il s’agit de nous. Il semble qu’il se dise que la soirée Mot de Passe est pleine de fumée et que les policiers y descendent à chacune des soirées, que l’endroit où elles ont lieu sera bientôt fermé et que la soirée elle-même sera terminé. Il fut aussi dit par une éditrice dont nous conserverons l’anonymat, mais travaillant pour l’une des plus grandes maisons d’édition de notre chère métropole, que nous n’étions qu’une bande de jeunes punks, sans allure et inhospitaliers (!), sans retenue, sans foi ni loi, peut-être même sans respect !

Nous ajoutons ce post-scriptum pour rassurer les âmes de mauvaises fois, prêtant trop rapidement justice à l’inconnu, en rappelant tout d’abord que la soirée Mot de Passe a commencé dans un café tout ce qu’il y a de plus propret, sans même un permis d’alcool, donc sans débordements à craindre ! aussi le Triumvirat avait seulement jugé plus judicieux de s’adjoindre l’ambiance électrisante de l’Archie où l’histoire s’écrit, où les tentatives sont réelles et où les dogmes d’éternelles présentations, les maniérismes et les tics sociaux passent pour ridicules, ce qui aida inévitablement l’évènement.

Ajoutons ensuite que quiconque a côtoyé le Triumvirat n’a jamais pu se plaindre de ses manières si courtoises et consciencieuses.

Mais ajoutons surtout, et c’est pourquoi ce post-scriptum au projet-p, que la soirée Poésie du Café Sarajevo (on ne peut plus convenu et modéré) ainsi que ledit projet-p prouvent encore notre envie suprême qui est de voir les occasions de manifestations poétiques se multiplier et se multiplier encore et sans arrêt. Si l’on n’aime pas l’ambiance absolument libre et exploratoire de l’Archie et de la soirée Mot de Passe, eh bien ! nous vous encourageons de tout cœur et que ledit on y travaille sur le champ à la mise en place d’une autre soirée de poésie, et le Triumvirat sera certainement des premiers à passer le mot et à s’y intéresser.

Nous avons certainement participé ou assisté (toujours deux au minimum de nous trois) à plus d’une centaine de soirées de poésies au cours de la dernière année seulement et n’en attendons qu’un nombre plus grand encor ! qu'une participation toujours plus active de la part d’autres que nous !, nous n’attendons que cela ! de nouvelles associations, des recherches à faire, des présentations qui nous surprennent encore et toujours de l’activité poétique à découvrir, des paysages inexplorés qui s’offrent !

Bout d'ciarge!, vous n’aimez pas ce qu’organise cette bande de punk (quel gag quand même, nous des punks, c’est bien une vielle (notez que la vieillesse est tout sauf une question d’âge) qui a pu dire cela), et bien qu’attendez vous pour organiser votre propre soirée ! ! ! N’attendez pas que de grands noms se joignent à vous pour augmenter votre propre renommée ! N’attendez rien, surtout pas la renommée, et agissez par tous les diables ! Agissez, réalisez, accomplissez, le reste suivra naturellement, comme il se doit, c’est tout, et c’est bien assez.

Projet-p 003

Soirées Poésie du Café Sarajevo

Projet-p

Microuvert


Suite à l'engouement emporté de la soirée Mot de Passe, où le cadre-laboratoire n'avait mis qu'une dizaine d'évènements pour surprendre les plus extrêmes attentes, le Triumvirat, organisateur de la soirée Mot de Passe avait voulu contraster la liberté intégrale de l'Archie avec une occasion nouvelle et différente d'étudier le Verbe. La voix et l'ouïe avaient (et ont toujours il nous semble) soif également. Plus présente que jamais, cependant qu'elle n'a rien encor de son plein potentiel, la poésie se dotait d’un autre lieu fixe, et hebdomadaire, pour nommer son époque. Non pas que le Triumvirat renonçait à son précieux microuvert et à une SCÈNE, mais à cela s'ajoutait des invités, dépluchés, c'est-à-dire questionnés, par tous et toutes présents, dans l'interaction conviviale, dans le ton de la construction. Nous nous réunissions au Café Sarajevo pour consacrer du temps d'appréciation, de critique constructive, et les gens n'ont pas hésitez à venir poser des questions de tous les côtés du prisme aux poëtes dépluchés, je répète - de tous les côtés ! Cat si nous ne parlions pas poésie durant les deux heures de cette Soirée Poésie, quand le ferions-nous ?! n'est-ce pas ! Avec que des énergies consacrées à la poésie, parfois des défis, souvent des performances inédites, et si t'était un décrocheur tu allais apprendre et pis ben l'honneur ouvert d'être dépluché, l'avez-vous voulu, risqué ?... bref l'idée était bonne, l'engagement enclenché.


Seulement le Triumvirat s'est rapidement rendu compte qu'une soirée hebdomadaire tenait de l'impossible si nous voulions consacrer du temps à la création en tant que telle (et à la procréation aussi dit l'humain...) dans l'optique que le Triumvirat ne vit pas encore à ce jour d'hui de ses publications, de ses évènements et de ses mécènes. En plus de la soirée Mot de passe qui grossit d'impact au jour le jour (!), les membres du Triumvirat souhaitent avant tout continuer leurs projets, communs et particuliers, une pièce de théâtre et un disque pour un, un recueil pour l'autre, une maison d'édition en plein essort enthousiaste d'avenir et d'époque à nommer, etc., etc., etc., etc., et dans tous ses projets aux stimulis sans-nom, la soirée du Café Sarajavo se devait de perdre des plumes.

La décision fut donc prise de prendre le temps consacré à la soirée poésie du Café Sarajevo pour plutôt faire du lobbying en faveur de la poésie elle-même. C'est donc dire que nous vous promettons non pas la mort d'un autre évènement poétique, à savoir les lundi dont il est ici question, mais plutôt la venue au monde prochaine de nouveaux évènements seulement plus évènementiels et non obligés à une date hebdomadaire propre, et à cela nous ajoutons aussi la promesse de collaborations nouvelles à venir entre le Triumvirat et de nouveaux comme d'anciens organisateurs de la scène poétique montréalaise, ne pouvant en dire plus puisque les pourparlers sont en cours en ce moment même.

Notre objectif est toujours le même: la poésie.
et croyez m'en, elle est bien plus près de vous que vous ne le croyez. Les efforts ne sont pas réduits par cette annonce de la fin du projet-p, à peine naissant. Les efforts sont décuplés à tous les jours.

De grandes actions s'alignent,

recherchez les,


nécessairement,

la Rencontre est un droit sacré,


agissez ainsi,

agissez aussi,


qui que ce soit que vous soyez,

L'UNIVERS COMPLOTE,

et tout le reste en découle.



lundi 21 janvier 2008

(sans titre)


les cloches sonnent,


je les maudis,


et je m'endors...



-LE MALIN


vendredi 7 décembre 2007

TAKE OUT 4

Voici finalement quelques extraits du Takeout poésie n,4, pour nos chers internautes n'ayant pas réussi à mettre la main sur un exemplaire artisanal de ce recueil de textes lus ou inédits de la soirée Mot de Passe. Bienheureusement pour eux, le Takeout poésie suit une tendance nettement marquée qui fait de ce dernier-né, n,4, le plus volumineux à date, et c'est donc la conscience sereine que nous offrons ici un grand nombre d'extraits, sachant que reposent encor des amas de trésor laissés aux paquets de feuilles volants.

QUATRIÈME DE COUVERTURE:
Pour quelques-uns d'entre nous, les soirées Mot de Passe, dont le Takeout est la trace, sont le signe d'une éclaircie ; l'ouverture peut-elle être élargie, et faille, devenir brèche? la première syllabe de notre expression?* Nous ne savons pas, nous l'espérons seulement. Quatrième adresse Takeout, et d'importance, car elle prend allure de voie, et commune; cette rencontre marque nos pas et, de quelque façon, nous précède. Takeout, donc, cela comme un rapport de recherches, offre de traces, aux concernés, curieux, égarés, flâneurs même; étant de toutes dérives, ce recueil s'ouvre à tous les accueils (y comprit le bac vert), il n'a nul lieu d'arrivée précis, c'est un écart et partie d'une amorce.
* Aux derniers flâneurs: forcer l'époque à dire son nom.


Quelques extraits:



CE QU'IL RESTE EN NOUS D'HUMAIN

ROBBERT FORTIN

Soigne-toi prépare ta chute
dehors le spleen t’aspire
avec le nom des oiseaux

des arbres siphonnent l’effet de serre
le désert fait fondre les glaciers
tu voudrais de la beauté où il n’y en plus
ce qui t’a fait léger le vent l’a incendié

tu es jeune et souple
tu t’offres entier à l’alchimie de l’aube
tu écris tout sur des bouts de papier
quelques blessures les mots
que tu caches dans ta main

tu étends tes voyages à l’échelle du monde
tu surplombes la lenteur par dessus les questions
petit collier de chien manque à tes dragons

ta liberté se complique
dois-tu éclaircir le trop d’exceptions
que tu as griffonnées dans la marge

le soleil crâne dans ton poing
à la rose tu réponds : provoque
la durée lumineuse de la chance

tu lances les dés sur l’herbe
avec cette espérance accessoire qu’ont les visages
des gens qui quantifient leur chance

tu vois ce qui reste en nous d’humain
il faut que tu t’y fasses
en tenant compte de l’impensable
et des secondes vidées de sens





MATIN

VIRGINIE BEAUREGARD-DYOTTE


soirs

immortels déclins
se succèdent

Le matin vit et ne se répète pas
Celui qui souffle entre mes doigts
Ne se présente pas en accéléré
Le matin qui naît dans les parcs tranquilles
Se mange par les pores
Et se dévore par la veste trouée

Et son corps le soleil
Se pratique sur mon coude




NON VENDUS

IDEM.

Les décors invisibles

interligne entre ici et partout

Se colportent en caravane


Continents sablés ou jardins enchantés
À la cime de nos yeux
Comme vanitas et voluptas non vendues


Les chiens aboient la caravane passe





(SANS TITRE)

ARTÉMIDE

Tu cris fort pour te faire entendre
Pour affronter l’angoisse de n’être pas entendu
L’angoisse de n’avoir rien à dire

Tu rimes, tu bouges et tu t’excites
Et déjà tu ne respires plus
Le sol a disparu et tu cherches tes pieds
Tout s’effondre et tu t’écroules face à toi dans les autres

Dans les eaux troubles tu es à présent
Tes cris sont devenus murmures
Au fond de l’odeur de tes mots
Que tu frottes les uns aux autres
Pour attirer tous ces regards
Qui se détournent de ta honte et de ta nudité

Nudité, ça aussi ça rime
Ça rime avec nul

Celui que les mouches enculent pour qu’il se taise un peu, pour qu’il se baisse à la hauteur de ses mains et qu’avec elles enfin il apprenne à parler pour retrouver ses pieds.








(SANS TITRE)

RODNEY JEAN-NOËL

Disons que l'heur, en ce moment, est une tourelle de la mémoire

Redécouvrant l'homme en son sens

Couleur d'essaims et de chevaux, la pluie venant au soir, un songe








ET PUIS...

YVON JEAN

Allez donc voir si…et puis…
Après seulement, peut-être, alors…
Maintenant plus rien, cependant l’ennui
Mortifère, insinue, désuni, très à tort


Entrouvez-vous me disais-je, contre nous
Inaltéré, déconfit, attristable de toi
Pantelante, dépoussiérée, tu t’en floue
Exaltée, maniérante, je t’en crois


Finalisez-moi, adoptez-vous, débranchez-y
N’en arrière ne regardant pourtant puis plu
Autre que spectrale de nous, sidérante envie
De vie, de tout, et puis, n’a plu, ne pu,



Et puis…










MONTRÉAL L'ÉTÉ

SAMUEL GÉLINAS

Jungle de béton dans l’été truffé de fleurs
Montréal est presque aussi chaude que ses filles
La transpiration trempe les peaux en profondeur
Découpant les formes que tes vêtements déshabillent

Comme en apesanteur la brise par corridors
Traverse les terrasses sans laisser de facture
Le temps décidément n’est pas de l’argent mais de l’or
Et le bien c’est la vie, travailler c’est trop dur

Au théâtre une sorte de vertige sublime
Récemment s’est emparée de ma chair sans destin
Au cinéma bientôt je choirai dans l’abîme
Papillonnant de ta bouche aux flocons cristallins

[…]

Néanmoins si je me sens faiblir quelquefois
L’urbanité mouvante mate le ressentiment
Sa multitude humaine relève les maladroits,
Les invitant sans reproche à repartir chercher du vent

Dans l’œil du tourbillon
De plein fouet fécond
Reconnaître Montréal
Qui n’est jamais la même
Dans l’œil de son tourbillon
De plein fouet fécond
Citoyens d’un monde en mal
De calmes chrysanthèmes
Reconnaissez Montréal
Qui n’est jamais la même!

[…]








CHAT GRAIN DE SABLE

extrait de Chien Kamikaze

FRANÇOIS GOURD

« Me voilà donc perdu dans ce désert auquel tu as rêvé et duquel tu avais si peur. Le temps file et mon esprit est en feu. Seules mes larmes ont su l‘éteindre…. Au secours, des milliers de machines de guerre piétinent mon jardin et je pleure… Je me colle contre ta peau douce et lisse. J’embrasse ton cerveau. Je veux changer le monde. Je suis fou et je valse dans mon cœur. Je suis fou et je cours. Je tombe en amour et j’embrasse ton cerveau. Je reviens sur terre. Contre la possession de quoi que ce soit, je suis heureux. Paradis artificiel, je t’aime… Au secours, je vois le monde qui est en train de couler. Vite, donnez- moi ma pilule afin que tout aille bien. Les yeux me piquent et la tête me bourdonne. Le courant est très fort. Le déluge était prévu. Il y a beaucoup de noyés à la claire fontaine. Toutes ces petites mains qui s’agitent dans cette bande dessinée qui coule entre les lecteurs assoiffés de nouvelles à sensation forte. J’entends l’écho des vedettes qui trinquent à leurs succès… Je place ma tête dans le nouveau rêve-o-matique. Je m’endors. Demain, je ferai jouer la casette à la télévision payante. Je paierai pour que mes rêves deviennent une réalité immortalisée. Le temps ne s’arrête pas, seule notre mémoire lui résiste. Je me demande si les amnésiques vieillissent mentalement. —Le petit gamin était là, au milieu de la place pudique et il se touchait indécemment les scandales au plaisir divin. Encore aujourd’hui, l’eau s’éjacule de sa statue.—Mirage absurde où je banderai sur la place publique. J’accrocherai à mon pénis une balançoire.—Alors que puis-je faire d’autre que de devenir fou?…


Envoie l’homme singe, on s’envole au-dessus du nid de coucous…Le bonheur est parfois si banal. Cocaïne, ma jolie putain, tu te vends beaucoup trop cher. Ta beauté simple se cache-t-elle derrière un masque de porcelaine ? Tes seins sont-ils plein de lait en poudre blanc ?… .L’homme violeur court au loin dans le fond de son miroir. Et l’homme très doux sans préjugé est abattu sur le pavé…La bouche pleine de sable, mon corps se faufile sur la plage. Pleine lune de miel que j’avale sans souci. Le singe était en amour avec la princesse parce qu’elle portait un collier de bananes…Les forces de l’ordre me visitent et me livrent le message du gros Jean bon maire de l’île aux fesses de mon cul. Dans ce monde de bungalow, mon îlot de beauté coule à pic dans les gosiers des assoiffés du pouvoir…Mon jello cérébral se cramponne à son abîme imaginaire.


La cruauté ne me fait plus peur. La mort ne me fait plus peur… Longeant les couloirs de l’incertitude, je pleure sans être triste. Je survis tant bien que mal. Et chaque matin, vêtu de rose et de paillettes, je pars à la conquête de mon espace vital. Je veux rire au lieu de prier. Je veux faire rire au lieu de prêcher.







PAR REFUS DE CASSER AU FROID

ROBBERT FORTIN


Tu entres dans tes batailles
par refus de casser au froid


tu ressembles aux oiseaux maladroits
albatros vite rejoints pâtures
il ne fait pas très bon dans tes gestes

pour peu tu courrais derrière toi
pour rattraper les choses éteintes dans ta voix
les petits restants d’essentiel
qui reconnaissaient ton visage
comme une couleur d’enfance

dans la farine des jours
à ce point si pressé
tu remplacerais cet ingénu parti avec tes rêves
devant ton miroir





(SANS TITRE)

RODNEY JEAN-NOËL

Juste vie – verres de vin
-verres d’eau

des musiques qu’on n’écoute pas seul








SOIR CENT HEURES, fragments

RAPHAËL GASPARD

égratigne moi encore
la fenêtre avec une goutte
sans triturer la musique
coquillages sonores
où s’arrêtent six chevaux débiles
qui tournent entre tes seins


'


au coin d’une route
je l’ai gardé pour toi
ton absence étincelle
les yeux comme miroirs d’astres


'


avec du temps pour les pierres
j’avale sur ta bouche l’hiver
au coin une rue bitume bleu
souffle la pluie et trottoir
entre nos caresses


'


rajoute trace de jazz
à New York everything
la brousse des plantations
à une amérique qui s’ouvre les lignes droites
loin des big bands
souffle le passage de l’oiseau
un bruit qui saigne déjà






(SANS TITRE)

ARTÉMIDE

Ce n’est pas de la solitude que provient le sentiment d’être ensemble, mais l’inverse. Ensemble non seulement entre nous, mais également ensemble avec le monde, ensemble avec tout ce qui existe.

C’est ensemble que les choses se font, y compris l’art,

y compris la poésie.

Nous en avons fini avec le temps du poète isolé.

Nous en avions déjà fini avec le temps de la toute puissance de la Nature, également fini avec la toute puissance de Dieu et la toute puissance de l’Homme. A présent, nous en avons fini avec la toute puissance des machines : place à la poésie. Place à la toute puissance du monde en tant que tel, place à tout ce qui continue à venir.
Nous sommes encore et toujours prêts à prendre soin de tout ce qui devient en devenant et de tout de ce qui revient en devenant.

Nous sommes prêts à rendre au monde ce que nous lui devons, nous sommes prêts à mourir à nouveau si nous l’avons déjà été, nous sommes prêts à mourir en guise de symbole.







APPEL DE OCTOBRE

LE MALIN




Les poëtes qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête du verbe poétique, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de notre Verbe, s’est mis en rapport avec l’Ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force nantie, insensible et sournoise de l’Ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les excès, l’établissement, l’acharnement des médiocres qui nous font reculer. Ce sont les excès, l’établissement, l’acharnement des médiocres qui ont surpris les poëtes au point de les amener là où ils sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit? L’espérance doit-elle disparaître? La défaite est-elle définitive? Non! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la Poésie. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la Poésie n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire artistique qui tient la mer et continue le combat. Elle peut, comme la Culture, utiliser l’immense industrie des Médias.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille du rap, par la bataille du slam, par la bataille de l’oralité, de l'imprimé, que des débuts déjà passés. Cette guerre oppose les artistes aux sournois d’entre eux, à leur ressentiment. Cette guerre est une guerre mondiale. Musiciens, danseurs, peintres, tous, avant de vivre, doivent survivre. Cependant que toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour l’Ennemi. Foudroyés aujourd’hui par la force médiatique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force médiatique supérieure, nouvelle.

Le destin du monde est là.

Moi, Son Excellence le Malin, actuellement à Montréal, j’invite les éditeurs et les écrivains poétiques qui se trouvent en territoire artistique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les enseignants et les critiques spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire artistique ou qui viendrait à s’y trouver, à se mettre en rapport avec la Création plus qu’avec les autres.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance poétique ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. La Poésie a perdu une bataille ! Mais la Poésie n’a pas perdu la guerre !




Des gouvernements de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant l’art à la servitude de peu d’ambition. Cependant, rien n’est perdu !

Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. La Poésie n’est pas moribonde mais avariée. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l’Ennemi. Il faut que la Poésie, ce jour-là, soit présente à la Victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur, lavée des coups bas, des hypocrisies, des pillages. Tel est mon but, mon seul but !

Voilà pourquoi je convie tous les poëtes, où qu’ils se trouvent, à s’unir à moi dans l’action, dans le sacrifice et dans l’espérance. Il n’y a que l’œuvre qui est une action propre à la vie. Créez dans le maquis et prenez ensuite les rues, les routes d’assaut et les stands à hot dog.

Notre art est en péril de Mort. Luttons tous pour le sauver !

Vive la POÉSIE !



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une vingtaine d'autres textes dans le Takeout poésie n,4